Allaitement : un impact positif aussi sur le risque cardiovasculaire de la mère à très long terme !

Dans des études précédentes, il a déjà été démontré que les femmes qui ont allaité ont des profils cardiométaboliques plus favorables que celles qui n’ont jamais allaité.

La durée de l’allaitement est également associée à un moindre risque de syndrome métabolique, d’hypertension et de diabète gras plus tard dans la vie, et confère donc des bénéfices protecteurs à long terme pour les maladies cardio-vasculaires chez la mère.

Cependant les études menées dans les pays occidentaux n’ont pas exploré l’ampleur de ces bénéfices de façon étendue, avec des durées d’allaitement longues.

En Chine, la pratique de l’allaitement long, commun dans les anciennes générations s’est considérablement modifiée au cours des dernières décennies et a décliné notamment dans les régions urbanisées. En 2008, moins de 16% des femmes vivant dans des zones urbanisées allaitaient exclusivement leur enfant durant 6 mois, et 30% de celles vivant dans des zones rurales. Les raisons de cette désaffection sont le fait que les femmes pensent n’avoir pas du lait en quantité suffisante pour leur bébé, la tradition d’introduire des compléments dans l’alimentation du bébé, la maladie de l’enfant ou de la mère, l’intense promotion de l’industrie pour les substituts du lait maternel, la durée limitée du congé maternité, l’impossibilité de continuer à allaiter sur son lieu de travail.

Cette large étude menée en Chine a inclus près de 300 000 femmes, recrutées dans des régions rurales (5) et des zones urbanisées (5),  âgées de 30 à 79 ans qui ont été suivi pendant 8 ans.

Les accidents coronariens et les accidents vasculaires cérébraux ont été comptabilisés chez les femmes ne présentant aucun antécédent de maladies vasculaires.

  • Comparé avec les femmes qui n’avaient jamais allaité, les femmes qui avaient une histoire d’allaitement d’une durée de 0 et 6 mois  par enfant ont montré un risque significativement plus bas d’environ 1 %, de développer plus tard une maladie coronarienne ou un accident vasculaire cérébral ( ischémique ou hémorragique).
  • Comparé avec les femmes qui n’avaient jamais allaité, les femmes qui avaient une histoire d’allaitement d’une durée de 6 à 12 mois par enfant ont montré un risque significativement plus bas d’environ 7 %, de développer plus tard une maladie coronarienne ou un accident vasculaire cérébral ( ischémique ou hémorragique).
  • Comparé avec les femmes qui n’avaient jamais allaité, les femmes qui avaient une histoire d’allaitement d’une durée de 12 à 18 mois par enfant ont montré un risque significativement plus bas d’environ 11 %,  de développer plus tard une maladie coronarienne ou un accident vasculaire cérébral ( ischémique ou hémorragique).
  • Comparé avec les femmes qui n’avaient jamais allaité, les femmes qui avaient une histoire d’allaitement d’une durée de 18 à 24 mois par enfant ont montré un risque significativement plus bas d’environ 13 %, de développer plus tard une maladie coronarienne ou un accident vasculaire cérébral ( ischémique ou hémorragique).
  • Comparé aux femmes qui n’avaient jamais allaité, les femmes qui avaient allaité plus de 24 mois,  avaient une diminution du risque de maladies coronariennes de 18 % et une diminution du risque d’accident vasculaire cérébral ( ischémique ou hémorragique) de 17 %.
  • 6 mois d’allaitement supplémentaires par enfant était associé à une réduction de presque 4% du risque de maladie coronarienne et de 3 % d’attaque cérébrale.

Ces résultats persistaient après ajustement des différentes variables dans ce très large échantillon.

Ces résultats confirment de façon non équivoque le rôle de l’allaitement dans sa protection pour la mère des maladies cardio-vasculaires survenant plus tard dans la vie et que l’allaitement long est favorable à la santé des femmes.

Différents mécanismes pourraient être impliqués dans cette protection :

La grossesse est caractérisée par des changements métaboliques majeurs afin de soutenir le développement foetal et d’anticiper la lactation, incluant la constitution de graisse viscérale, l’augmentation de la résistance à l’insuline, et des niveaux lipidiques circulant plus élevés.

La « reset hypothesis » envisage que la lactation jouant un rôle central dans la mobilisation des graisses accumulées au cours de la grossesse, l’allaitement permettrait de déstocker plus complètement ces graisses avec des effets potentiellement bénéfiques pour la santé cardiométabolique de la mère plus tard dans la vie. L’allaitement long a été associé avec un fonctionnement facilité des cellules Béta, induisant une diminution des facteurs de risques cardiovasculaires et une incidence moindre de l’hypertension et du diabète gras. Bien que les études dans les pays occidentaux ont aussi montré que les femmes qui allaitaient avaient d’avantage tendance à suivre aussi les recommandations d’hygiène de vie,  ce qui pourrait aussi constitué un facteur confondant pour leur santé ultérieure, cette présente étude montre que même dans des populations rurales, pauvres et peu éduquées, l’association persiste.

Alors, à quand un congé maternité mondial d’au moins  24 mois pour toutes les mères de la planète et une protection universelle des familles contre l’action des industriels ?

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le mardi 4 juillet 2017

Pour accéder à la publication intégrale,

Peters SAE & al. Breastfeeding and the Risk of Maternal Cardiovascular Disease: A Prospective Study of 300 000 Chinese Women. J Am Heart Assoc. 2017 Jun 21;6(6). pii: e006081. doi: 10.1161/JAHA.117.006081.