Le bain au nouveau-né à la naissance et ensuite : sujet de controverses

Le bain du nouveau-né et du nourrisson est sujet à controverses dans la littérature.

Quand donner le premier bain ? Savonner à sec puis rincer ? Immerger d’abord le corps du bébé puis le savonner ? Pourquoi finalement le savonner ? Cela change-t-il vraiment quelque chose ? Et combien de fois par semaine ? Tous les jours ou moins ? Que penser des effets de la toilette ou du bain sur la peau encore en formation du prématuré ? Faut-il utiliser des antiseptiques dans les unités de soins intensifs ou de chirurgie pédiatrique pour les soins d’hygiène, tels que la chlorhexidine par exemple  ?

Quelle technique employer pour baigner le bébé ? Faut-il remettre en question l’enseignement initial des professionnels dédiés au nouveau-né ?

Le bain du nouveau-né est aussi un évènement culturel chargé de significations symboliques intenses et réellement ritualisé. Que doit-on faire ou défaire dans l’intérêt du nouveau-né ?

Autant de questions auxquelles tentent de répondre Carolyn Lund dans une revue de la littérature bien documentée, parue ce mois ci, dans Advances in Neonatal Care.

En ce qui concerne le premier bain à la naissance, l’avis général est qu’il est préférable de le retarder au moins après la première heure de vie, l’OMS recommandant même d’attendre que le bébé ait au moins 24 heures, pour faciliter son adaptation comportementale, la mise en place de l’allaitement et prévenir des hypothermies préjudiciables. Cependant, dans une étude nippone, où le bain est immédiatement donné dès la naissance selon une coutume ancestrale, « Mokuyoku« , les nouveau-nés ont montré une augmentation de leur température dans les 30 minutes suivant le bain.

De plus, il est recommandé également par l’OMS de respecter le vernix caseosa, film protégeant le bébé des infections cutanées, favorisant la fonction barrière de la peau, hydratant et nettoyant, et très utile pour permettre l’instauration du « manteau cutané acide » favorable au microbiome.

Quelle technique employer ? Voici un grand débat ! Plusieurs études ont cependant démontré que la meilleure façon de maintenir la température néonatale à plus de 36°5C était de l‘immerger dans l’eau plutôt que de le savonner en dehors. Les bébés pleurent moins et se désorganisent moins, et ne présentent pas d’avantage d’infection. Pour l’enfant prématuré, la prise en compte du stress que représente la toilette doit absolument être prise en compte en modifiant la « technique du bain » et privilégier des approches respectueuses du bébé et de ses compétences ( bain enveloppé, emmaillotage…)

Le mode d’accouchement impacte-t-il le développement du microbiome cutané ? La colonisation bactérienne de la peau du bébé est tout à fait essentielle à la bonne marche de ses fonctions immunitaires. Or, les bébés naissant par césarienne, ne bénéficiant pas d’une colonisation suffisante avec les germes maternels, ont montré des infections cutanées par staphyloccoques multi-résistants. Ce qui a encouragé certains à « inoculer » au bébé des germes maternels vaginaux. Ces inoculum ont montré pour l’instant des effets limités sur la colonisation cutanée des bébés traités.

Comment le bain impacte-t-il à son tour le développement de la flore cutanée du bébé ? Le savon a -t-il un impact ? En fait les recommandations britanniques encouragent plutôt à n’utiliser que de l’eau chez les enfants de moins de 32 SA, et à utiliser de l’eau chez les nouveau-nés à terme et  un savon doux avec un pH neutre ou légèrement acide, s’ils présentent des débris de substances organiques ( meconium, sang…) Doit-on retarder le bain pour ne pas gêner la mise en place du « manteau cutané acide » ? Il semblerait que oui : les recommandations de la société européenne de dermatologie encouragent à attendre que le cordon soit tombé avant le premier bain, et tous recommandent de ne pas baigner le bébé quotidiennement : 2 à 3 fois par semaine suffisent. Chez l’enfant prématuré, plusieurs études ont montré que décroître la fréquence des bains n’augmentait pas le risque d’infection.

Faut-il enduire d’un émollient la peau du bébé après le bain ? Là encore, il s’agit d’une pratique hautement culturelle. Cependant l’utilisation d’émollient chez des tous petits prématurés ( <750 g) appliqué 2 fois par jour en dehors du bain et de façon prophylactique a conduit à une forte augmentation des infections chez ces bébés. Chez les enfants à terme, il est possible que des bébés à risque d’atopie tirent profit de l’utilisation d’un émollient après le bain.

Faut-il utiliser des antiseptiques, par exemple la chlorhexidine, notamment chez les petits patients hospitalisés dans des unités de soins intensifs ? Il est possible que dans ces services on tire bénéfice de son utilisation par une diminution du taux d’infections. Cependant l’auteur nous encourage à la prudence en nous rappelant les effets toxiques sur le cerveau du prématuré d’un autre antiseptique, l’hexachlorophène, largement utiliser pour réduire les infections bactériennes dans les années 50-60; le passage hémato-méningé de la chlorhexidine étant encore inconnu.

En conclusion, l’auteur souligne que :

  • Les bains à l’eau ou à l’eau et au savon ont des effets similaires sur les paramètres de la peau tels que le pH, les pertes hydriques transcutanées.
  • Utiliser un émollient immédiatement après le bain pourrait renforcer les fonctions de la barrière cutanée chez certains enfants, et spécifiquement ceux à risques d’atopie.
  • Il n’est pas nécessaire de baigner les nouveau-nés plus que 2 à 3 fois par semaine
  • Les prématurés étant très déstabilisés par le bain, ne peuvent être baignés aussi peu souvent que tous les 4 jours sans augmenter la colonisation bactérienne de leur peau.
  • Les effets systémiques possibles liés à l’absorption par la peau de la chlorhexidine et l’impact de son utilisation sur le développement du microbiome cutané conduisent à la prudence quant à son utilisation large et quotidienne, en particulier chez les enfants prématurés.

Vous trouverez en complément de cet article dans la rubrique « Pour aller plus loin », le rapport de l’ONG Women in Europe For a Common Future – WECF – sur les composants des cosmétiques destinés aux bébés et sur les mises en garde de cette ONG sur les produits toxiques rentrant dans leur composition.

lund bathing controversies

Publié le mercredi 26 octobre 2016

Pour aller plus loin

Pour accéder à la publication de Carolyn LUND dans son intégralité, cliquer sur « article as pdf » dans la colonne de droite après avoir suivi ce lien :

Lund C. Bathing and beyond – Current bathing controversies for newborn infants – Advances in neonatal care Vol 16 N° 5Sp S13-S20

Pour accéder au rapport de WECF sur les cosmétiques pour bébé paru en février 2016, suivre ce lien