Clampage retardé du cordon ombilical : une minute suffit-elle ?

L’objectif de cette étude observationnelle prospective, menée en Suède, et parue dans le BMJ Open de décembre 2017, visait à établir le rôle du timing du clampage du cordon : à 10, 60 et 180 secondes, sur le statut ferrique à l’âge de 4 mois, d’enfants, nés à terme.

191 enfants, nés à terme, et ayant bénéficié d’un clampage retardé à 1 minute,

  • après avoir été maintenus sous  l’abdomen de leur mère, en dessous du niveau de l’utérus pendant 30 secondes,
  • puis placés sur l’abdomen de leur mère ensuite, 

ont été pris comme population de référence et comparés à deux autres populations de même effectif : 166 enfants, nés à terme, avec clampage du cordon dans les 10 premières secondes de vie, 168 enfants, nés à terme, avec clampage du cordon après 180 secondes de vie, selon les mêmes modalités.

Les résultats :

Après ajustement pour les différences de temps au cours du suivi, il apparaît que, 

  • A la naissance, le groupe 10s a le plus haut taux d’hématocrite comparé au taux du groupe 60 s  (48,7% vs 47%, p=0,005)  et d’hémoglobine ( 16,3 vs 15,3 g/dL, p < 0,001)
  •  à 2 – 3 jours de vie ( échantillons de sang obtenus pour 140 enfants dans le groupe 10 secondes, 107, dans le groupe 60s, et 141 dans le groupe 180 s : la prévalence de l’anémie était plus haute dans le groupe des enfants dont le clampage avait eu lieu à 10 s (6,4% – Hb 17,5 g/dL) par rapport aux enfants dont le clampage avait eu lieu à 60 s ( 1,9%, Hb 18 g/dL) et à 180 s (1,4%, 18,9 g/dL);  p=0,001 pour 60 s vs 180 s.
  • Le taux de bilirubine ne différait pas entre les différents groupes.

A 4 mois de vie – 468 enfants suivis soit 78 % de la cohorte :

  • Les concentrations sériques de ferritine des enfants était de 77 ?g/L pour ceux dont le cordon avait été clampé dans les 10 premières secondes de vie,
  • De 103 ?g/L pour ceux dont le cordon avait été clampé à 60 secondes,  différence statistiquement significative avec le groupe à 10 secondes p=0,002,
  • De 114 ?g/L pour ceux dont le cordon a été clampé après 180 secondes de vie, différence non statistiquement significative avec le groupe à 60 secondes p=0,29.
  • La différence était d’autant plus marquée pour les garçons.

Limites de l’étude :

Cette étude prospective observationelle n’a pas tenu compte des données ethniques ou socio-économiques des parents, ni des quantités nécessaires pour avoir la possibilité de faire un don de sang de cordon. De plus, en regard des pratiques en Suède, où il est de routine de ne clamper qu’au terme de 180 s, le fait de clamper à 10 s peut être considéré comme non éthique en ragrd des bénéfices désormais démontrés du clampage retardé. De plus les auteurs rappellent que das un étude menée en Suède évaluant le volume de sang de cordon collecté par les banques montrait que 37% des échantillons collectés dans des maternités effectuant le clampage après 60 s étaient conformes aux attentes des banques de sang de cordon, contre 47% après un clampage immédiat.

Conclusion des auteurs :

Le clampage à 60s est préférable à un clampage immédiat. Le clampage retardé est d’autant plus important pour les enfants de sexe masculin pour prévenir une anémie ferriprive dans la petite enfance.

Il est par ailleurs utile de rappeler que :

Vain. & al. ont montré dans un RCT paru dans le Lancet en 2014, que placé l’enfant pendant 30 secondes sous le niveau placentaire ne sembla pas affecter le volume de transfusion placentaire et que l’on pouvait sans risque permettre aux mères de prendre leur bébé sur l’abdomen ou la poitrine.

Anderson O. & al. ont montré dans un RCT paru en 2015, les enfants de 4 ans, nés dans un pays à haut niveau de ressources, qui avaient pu bénéficié d’un clampage retardé avaient des scores améliorés dans la motricité fine et les compétences sociales, par rapport à ceux ayant subi un clampage immédiat à la naissance, spécialement les garçons, ce qui indique que le clampage retardé du cordon à la naissance affecte favorablement le développement neurologique d’enfants issus de population à bas risque.

Nous vous encourageons également à vous reporter à l’une de nos actualités passées, portant sur une étude prospective faite en France, sur l’impact et la faisabilité d’un clampage retardé chez le prématuré

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le lundi 8 janvier 2018

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