Déclenchement du travail : enquête en France auprès de 94 maternités volontaires.

Les auteurs de cette enquête menée auprès de maternités volontaires pour y répondre et dont les résultats sont donc déclaratifs, ont souhaité faire un point sur les pratiques de déclenchement du travail en France.

En 2016, 22% des accouchements ont été déclenchés. Le manque de preuve de bonne qualité sur les méthodes et les indications pour le déclenchement du travail ont conduit, par le passé, à des pratiques hétérogènes et non basées sur des recommandations. L’étendue de ces pratiques n’est pas clairement connue alors même qu’elles influencent le devenir périnatal. Les auteurs ont donc recueilli, sur la base d’un questionnaire envoyé par mail, les pratiques courantes concernant le déclenchement du travail, dans 94 maternités appartenant à 7 réseaux périnatals.

Les résultats de l’enquête :

Sur les 94 maternités participantes à l’enquête, incluant 12 centres universitaires ( 12,8%) et 45 maternités non-universitaires ( 47,9%), 8 sont les maternités privées à but non lucratif (8,5%) et 29 sont des maternité privées (30,8%). La plupart ont pratiqué entre 500 et 1 500 accouchements par an (42,6%) ou entre 1 500 et 3 000 accouchements annuels ( 32,8%) en 2015.

Les résultats montrent que le taux de déclenchement varie d’une maternité à l’autre et concerne de 7,7% à 33% des accouchements, avec un taux général de déclenchement de 21%, indépendamment du niveau de soin des maternités :

  • En type 1, le taux moyen de déclenchement est de 18,1%, variant entre 7,7% et 32,2%.
  • En type 2, le taux moyen est de 20,8%, variant entre 8,6 et 31,5%
  • En type 3, le taux moyen est de 23,2%, variant entre 19 et 33%
  • La plupart des maternités utilisent deux (39,4%), voire trois agents et plus (35,1%) pour faciliter la maturation du col de l’utérus.
  • Deux tiers des maternités (68,1%) ont reporté disposer d’un protocole local pour le déclenchement.

Au total,

  • 87  maternités (92,6 %)  rapportent l’utilisation de dinoprostone en tant qu’insert vaginal à libération lente,
  • 59 maternités de dinosprostone en tant que gel vaginal (62,8 %) et
  • 46 maternités un cathéter à ballonnet (48,9 %).
  • Trois maternités, toutes universitaires, ont déclaré utiliser le misoprostol vaginal.
  • 71 maternités (75,5 %) ont déclaré pratiquer des inductions sans indication médicale et 22 (23,4 %) même quand le col de l’utérus était défavorable.
  • Les attitudes obstétricales en cas de présentation du siège, antécédent de césariennes, restriction de la croissance fœtale ou macrosomie et rupture prétravail des membranes variaient largement.
  • Les maternités d’un seul réseau périnatal ( Réseau Lillois OMBREL) utilisent des stratégies communes : 9 des 10 maternités concernées utilisant les mêmes méthodes de maturation du col.

Discussion par les auteurs :

Les résultats montrent un très grande hétérogénéité des pratiques de déclenchement, aussi bien dans les méthodes que dans les indications.

Cette enquête est la première récente à fournir des données prospectives relatives à l’induction du travail sur différentes types de maternités.

Toutefois, il existe un biais de sélection, puisque les maternités déclarantes sont volontaires pour le faire et ne peuvent être considérées comme totalement représentatives des 42 réseaux périnatals français. Toutefois, les maternités répondantes représentent le 1/6ème des accouchements ayant lieu en France et leurs caractéristiques sont similaires à l’ensemble des maternités françaises; le taux d’induction rapporté de 21 % étant similaire à celui observé dans l’enquête périnatale 2016 (22%) et les résultats sont cohérents avec ceux de l’étude de Bel. & al. 2014, conduite seulement dans les centres universitaires.

La conclusion des auteurs :

La variabilité des pratiques d’induction du travail et la persistance des pratiques désapprouvées (HAS 2008) exigent une évaluation de l’efficacité et de la sécurité des différentes stratégies.

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le lundi 8 janvier 2018

Pour aller plus loin