Elucider les voies physiologiques pour expliquer l’impact négatif de l’administration d’ocytocine synthétique sur l’allaitement ?

Dans cette publication, les deux auteurs, Karin Cadwell et Kasja Brimdyr, envisagent les différentes voies physiologiques qui permettraient d’expliquer l’impact négatif de l’administration d’ocytocine synthétique au cours du travail sur le devenir de l’allaitement.

Une première étude menée par les auteurs, The Association Between Common Labor Drugs and Suckling When Skin-to-Skin During the First Hour After Birth.Birth. 2015 Dec;42(4):319-28, avait montré que l’oxytocine administrée pendant le travail diminuait la probabilité pour le bébé de s’attacher au sein et de téter pendant la période de contact peau à peau avec la mère. Les auteurs ont alors mené une recherche dans la littérature récente pour comprendre les voies physiologiques qui pouvaient être impliquées et en ont identifiées trois :

  • La dérégulation du système maternel de sécrétion de l’ocytocine naturelle avec :  une dé-senbiblisation des récepteurs à ocytocine et un risque augmenté pour la mère de présenter une syndrome dépressif, des symptômes somatiques et des désordres anxieux, une interruption du feedback physiologique lié à la sécrétion naturelle d’ocytocine dans les jours suivant la naissance et une perturbation globale de la sécrétion d’ocytocine
  • Le passage au travers de la barrière hémato-encéphalique foetale de l’oxytocine synthétique impactant négativement les comportements d’attachement du nouveau-né à la naissance, sa capacité à récupérer de la naissance et peut-être sa capacité à mémoriser ses premières expériences sensorielles au sein.
  • L’hyperstimulation utérine augmentant les risques pour le devenir néonatal

Bien que toutes les études sur l’administration d’oxytocine au cours du travail ne montrent pas un impact négatif sur l’allaitement, aucune ne montre un effet positif. Certains chercheurs s’interrogent sur l’innocuité de l’administration de l’ocytocine : non seulement sur l’allaitement, mais aussi sur le développement immunologique de l’intestin du bébé, qu’on sait sensible à cette molécule, et le risque allergique ultérieur, ainsi que sur le sur le neuro-développement ( trouble du spectre autistique TSA ).

Les conclusions des auteurs :

Il apparait utile de bien peser les bénéfices et les risques à utiliser de l’oxytocine synthétique au cours du travail ou pour le déclencher, tant dans l’intérêt de la mère que dans celui du nouveau-né.

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le lundi 19 février 2018