« Faire du mixte », moins fatiguant pour la mère ? Pas si sûr !

Au Japon, une enquête nationale portant sur les choix du mode d’alimentation, en 2015,  avait montré qu’à 1 mois de vie les bébés étaient :

  • Allaités exclusivement pour 51,3% d’entre eux,
  • Allaités en mixte pour 45,2 % des bébés,
  • En alimentation artificielle pour 3,6% .

Et que la croyance était commune de penser que le fait d’être complété avec un lait artificiel facilite le sommeil du bébé et donc celui de sa mère.

Plusieurs études ont montré que les bébés allaités se réveillent plus souvent pour manger que les bébés nourris avec des laits de formule ( Lee 2000) , et que l’allaitement est fortement associé à une demande augmentée des tétées nocturnes (Sievers 2002); ces comportements étant considérés comme physiologiques et utiles à la fois au développement du bébé et au maintien de la lactation. Toutefois, le manque de sommeil des mères peut impacter négativement leur capacité à faire face au quotidien et conduire à une dépression aiguë. Les primipares peuvent penser qu’elles manquent de lait quand leur bébé réclame à manger fréquemment. Et une étude à montrer que les attentes des mères en période anténatale sur le comportement de leur bébé ne sont pas toujours en accord avec la réalité une fois le bébé né (Hoddinott 2012). Des études n’ont trouvé aucune différence dans la qualité du sommeil des mères ou sa durée suivant le mode d’alimentation et ont montré que quelque soit la méthode d’alimentation, elle interférait avec le sommeil de la mère (Montgomery-Downs 2010). Une autre étude a cependant montré que dans le cas d’un allaitement exclusif, la mère avait plus d’heures de sommeil, une meilleure forme physique, plus d’énergie, et des taux plus bas de dépression que celle pratiquant un allaitement mixte ( Kendall-Tackett, Cong & Hale 2011).

Une étude japonaise, parue ce mois ci,  s’est attachée à déterminer si la méthode d’alimentation du bébé avait un impact sur la fatigue et le stress des parents lors de l’arrivée de leur nouveau-né. Les auteurs ont mené une étude prospective, multicentrique, auprès de 1120 primipares âgées de 16 ans et plus, sans problème de santé important, mères d’un enfant singleton en bonne santé lors du 1er , 2ème , 4ème et 6ème mois de vie de leur bébé.

Les résultats :

  • La moyenne d’âge des mères pratiquant du mixte (32,8+/- 5,0 ans)  était significativement plus élevée que celles qui allaitaient (31,6+/-4,3 ans)
  • La plupart des mères étaient mariées et plus de la moitié rapportaient être prêtes financièrement à avoir un bébé.
  • Les taux d’allaitement exclusif étaient de 47,9% à 1 mois puis augmentaient à 61,9% à 4 mois et à 59,7% à 6 mois.
  • Les mères qui allaitaient exclusivement depuis la maternité jusqu’à 6 mois comptaient pour une proportion de 24,3%.
  • La méthode d’alimentation affecte la fréquence des tétées à  1, 2, 4 et 6 mois : les mères qui allaitent exclusivement donnant plus souvent que les autres, et les mères qui nourrissent en mixte, plus souvent que celles qui pratiquent une alimentation artificielle.
  • La méthode d’alimentation influence la durée nécessaire à la mère pour se rendormir depuis le début de la tétée : les mères qui allaitent exclusivement se rendorment plus vite que les autres et a contrario, les mères qui nourrissent leur bébé avec des laits de formules sont les plus lentes à se rendormir.
  • La méthode d’alimentation affecte également la durée de sommeil des mères, celles pratiquant une alimentation en mixte, dormant moins longtemps que celles allaitant exclusivement à 2 mois, bien qu’à 1, 4 et 6 mois, il n’existe pas de différence entre les groupes.
  • Le score de fatigue des mères pratiquant une alimentation mixte est plus élevé à 1 et 2 mois que celles pratiquant un allaitement exclusif. A 4 et 6 mois aucune différence n’est plus constatée.
  • Aucune différence n’émerge dans les scores de stress parental entre les différentes méthodes d’alimentation concernant la période des 6 mois, toutefois, les mères pratiquant l’allaitement mixte ont des scores de stress en lien avec l’enfant plus élevé que celles allaitant exclusivement.

 

Même si, chaque femme trouve en fonction de son style de vie ce qui peut lui convenir au mieux pour nourrir son bébé, et que c’est très dépendant de facteurs personnels, il est largement temps de tordre le cou à l’idée reçue que « faire du mixte » ou donner le biberon permet d’alléger la fatigue maternelle. Ce qui peut réellement soulager toutes les mères, quelque soit leur choix concernant la méthode d’alimentation, c’est le soutien de leur entourage et de la société !

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le mardi 4 juillet 2017

Pour accéder à la publication,

Maehara K, Mori E, Iwata H, Sakajo A, Aoki K, Morita A. Postpartum maternal function and parenting stress: Comparison by feeding methods. Int J Nurs Pract.
2017;23(S1):e12549. https://doi.org/10.1111/ijn.12549