Impact des stimulations kinesthésiques sur le développement des prématurés dans la méthode Mère Kangourou

Dans cet essai randomisé et contrôlé – RCT – mené entre janvier 2013 et janvier 2014, les auteurs ont inclus 66 bébés prématurés nés entre 30 et 33 SA et en bonne santé.
Les auteurs ont souhaité comparer l’effet de stimulations kinesthésiques données par les parents du bébé soit en position kangourou, telle que recommandée par l’OMS – bébé en couche avec chapeau et chaussons, posé en position de grenouille sur le thorax de son parent – ou en incubateur.

Les travaux et le protocole de stimulations tactiles et kinesthésiques proposé par Tiffany Field dès 1986 et paru dans Pediatrics, avait montré que les bébés en incubateur qui bénéficiaient de stimulations tactiles et kinesthésiques, avaient une croissance améliorée et plus rapide par rapport aux bébés n’en bénéficiant pas.

S’inspirant de ces résultats, le Programme Mère Kangourou encourage les parents à proposer à leur bébé des stimulations douces du corps et des membres. Les parents apprennent préalablement à appliquer ses stimulations dans les premiers jours sous la guidance d’un psychologue entrainé, puis peuvent ensuite les appliquer eux-mêmes sans supervision, quand ils se sentent prêts.

Le film ci dessous montre l’une de ces séances d’apprentissage. Ce protocole diffère des massages de bébé enseignés couramment et est adapté à l’immaturité du bébé. Ces stimulations se réalisent en utilisant de l’huile de tournesol, 3 fois par jour.

 

Les auteurs ont souhaité savoir si appliquer ces stimulations en position kangourou présentait un avantage plutôt qu’en incubateur en analysant le résultat de 2 variables :

  • Le gain de poids par g/kg/j à 5 jours et à 15 jours après la randomisation des bébés et de leurs parents et à 40 SA d’âge gestationnel
  • Le gain de poids par g/kg/j à 5 jours et à 15 jours après la randomisation des bébés et de leurs parents et à 40 SA d’âge gestationnel en accord avec le nombre de jours de vie au moment de la randomisation : avant ou à 5 jours de vie, entre 6 et 10 jours de vie, après 10 jours de vie.

Les bébés bénéficient tous d’une intervention de portage en kangourou 8 à 10 heures par jour, donnée par la mère, le père ou une personne désignée par eux au cours de l’hospitalisation en soins intensifs. La sortie pour le domicile se fait avec une prise en charge quotidienne au début au sein du Programme Mère Kangourou, lorsque le bébé reprend du poids, l’allaitement se met en place – généralement autour de 34 SA, et que les familles se sentent prêtes. A domicile le portage en kangourou est lors instauré 24 h / 24.

L’essai a été mené dans les conditions suivantes :

Tous les 66 bébés, nés entre 30 et 33 SA, en bonne santé et cliniquement stables ont bénéficié du soin kangourou (8 à 10/ j dans l’unité et 24h/24 après la sortie ) et des stimulations : 33 ont été randomisés pour les recevoir en soin kangourou et 33 en incubateur. Les infirmières du Programme Mère Kangourou ignorent dans lequel le bébé a été randomisé. Les parents apprennent les stimulations sous la supervision du psychologue-chercheur, disponible en permanence, qui en vérifie l’application au cours des 5 jours suivants le début pour s’assurer l’homogénéité des pratiques parentales. Les stimulations sont données en utilisant de l’huile de tournesol pour protéger la peau fine du bébé.

Les bébés en incubateur reçoivent les stimulations selon le protocole de Field : par période de 5 minutes, les bébés reçoivent 10 stimulations d’environ 10 secondes, appliquées sur la tête, le dos, les jambes et les bras.La dernière partie de l’intervention : mouvements de flexion des bras et jambes sont administrées en portage kangourou.
Les bébés sont monitorés : fréquence cardiaque, saturation en O2. Tous signes de détresse : RC > ou égal à 200 btts/min, ou Sa02 < 90% engendre une suspension des stimulations de 25 secondes pour laisser le bébé récupérer. Aucun bébé des 2 groupes n’a montré de signes de détresse.

Les résultats :

  • Aucune différence pour les bébés des 2 groupes concernant la durée du portage en kangourou 5 jours après le début de la randomisation
  • La prise de poids quotidienne est significativement plus grande quand le bébé reçoit les stimulations en portage kangourou plutôt qu’en incubateur à :
  • 5 jours après le début de la randomisation : 11 g/kg/j (95% CI 5,7; 16,3) en kangourou versus 2,1 g/kg/j (95%, CI -3,1; 7,4, p=0,02) en incubateur
  • 15 jours après le début de la randomisation : 12,1 g/kg/j (95% CI 10,4; 13,7) en kangourou versus 9,4 g/kg/j ( 95% CI 7,7; 11,1 p=0,02) en incubateur
  • à 40 SA les enfants du groupe kangourou avaient une meilleure prise de poids : 2904 g que ceux du groupe incubateur : 2722 g (95%, CI 2784;3007, p=0,05)

En analysant les résultats en fonction du nombre de jours du vie du bébé auquel sont initié les stimulations (avant 5 jours, entre 6 et 10 jours ou après 10 jours), il apparait que les bébés qui bénéficient des stimulations en position kangourou dans les 5 premiers jours de vie, ont une perte de poids bien moindre que leurs homologues qui en bénéficie en incubateur : + 1,5 g/kg/j pour les bébés en kangourou, – 11,9 g/kg/j pour les bébés incubateur.
A 40 SA, la prise de poids est d’autant meilleure que les stimulations avaient lieu en portage kangourou et étaient initiées dans les 5 premiers jours de vie.

Les auteurs attribuent ces différents résultats comme suit :

Quand les stimulations sont initiées en kangourou dans les 10 premiers jours de vie, les bébés perdent moins de poids et atteignent donc à 40 SA, un poids plus important, indépendamment du nombre d’heures total de portage en kangourou.

Les stimulations appliquées en incubateur activent des récepteurs sous-cutanés, stimulant l’activité vagale, associée à la croissance de l’enfant et à son développement social et émotionnel, ainsi que la motilité gastrique et au total le tout favorise une meilleure prise de poids. D’autant que l’on sait que les stimulations cutanées accroissent la sécrétion d’insuline et de l’Insuline-Like Grawth Factor -1 (IGF1).

Une des explications à la meilleure prise de poids en soin kangourou serait que le bébé reçoivent d’avantage d’huile de tournesol par voie cutanée, avec moins de pertes dans les tissus de l’incubateur. Mais la meilleure prise de poids peut aussi être associée à ‘effet protecteur contre le stress du portage en kangourou et la poitrine de la mère est le lieu le plus performant pour diminuer le stress d’un nouveau-né prématuré.

Conclusions des auteurs :

Les stimulations tactiles et kinesthésiques données par les parents en portage kangourou sont une intervention peu coûteuse, qui devrait être initiée au cours des 10 premiers jours de vie pour réduire la perte de poids des premiers jours chez des enfants prématurés nés entre 30 et 33 SA, sans pathologie majeure. Il est raisonnable d’encourager les équipes de néonatologie à inclure cette intervention dans la pratique du soin kangourou de façon systématique et aussitôt que possible pour favoriser la croissance somatique de bébés stables et en bonne santé au cours de leur hospitalisation. Ces stimulations complémentaires au portage kangourou pourraient aider les parents à mieux comprendre leur bébé prématuré.

Si vous êtes intéressée par le soin kangourou

et que vous souhaitez soutenir une meilleure implantation de ce soin dans votre service, rejoignez nous pour la formation qui se tiendra sur Port Royal à Paris en Juin 2019 … Pour en savoir plus

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le jeudi 24 janvier 2019