Peau à peau, soin kangourou … littérature récente … et passionnante !

Un peu de littérature dans laquelle, on apprend que …

  • Non ! Même un matelas hyper sophistiqué, connecté et reproduisant la respiration et les bruits du cœur de sa maman, n’a pas les mêmes effets que le soin kangourou sur le bébé, voir même aucun effet,
  • Oui ! La durée du peau à peau en salle de naissance impacte très positivement la glycémie des nouveau-nés sans facteurs de risques,
  • Oui ! Le soin kangourou favorise la régulation émotionnelle au cours de la première année du bébé …

Association positive entre durée du peau à peau à la naissance et glycémie des enfants nés à terme

Dans cette étude observationnelle menée au Japon, les auteurs ont voulu connaître l’impact de la durée du peau à peau sur les niveaux glycémiques dans les 2 heures suivant la naissance d’enfants nés à terme.

L’étude a inclut 60 nouveau-nés à terme (entre 37 et 41 SA + 5), nés par voie vaginale, de grossesse à bas risque. Tous les nouveau-nés étaient placés en peau à peau dans les 5 premières minutes (min : 0 minute – max : 5 minutes, moyenne 1,6+/-1,1 min) suivant leur naissance pour une durée comprise entre 11 et 97 minutes, et leur température axillaire était comprise entre 36°1 et 37°7 C.

Une analyse en suivant un modèle de régression linéaire multiple a été appliquée pour identifier la contribution du peau à peau à la glycémie néonatale.

L’étude a montré qu’une durée plus longue de peau à peau précoce à la naissance était associée chez des enfants nés à terme à une glycémie plus élevée, de façon indépendante de l’âge gestationnel, du poids de naissance, du sexe, de la durée du second stade du travail et que le travail ait était spontané ou induit.

Takahashi Y. & Tamakoshi K. The positive association between duration of skin-to-skin contact and blood glucose level in full-term infants. J. perinat. Neonat. nurs. Mai 2018

Le soin kangourou améliore les capacités d’auto-régulation émotionnelle, du développement cognitif et moteur du bébé au cours de la première année de vie.

Voici la première méta-analyse concernant l’impact du soin kangourou sur le développement bio-psycho-social du bébé au cours de la première année et qui montre que le soin kangourou a un :

  • Impact positif sur le développement cognitif ... oui, mais la durée modère de façon importante ce résultat : le nombre de jours de soin kangourou semble déterminant. Les autres variables comme le taux de mortalité du pays, le sexe de l’enfant, le poids de naissance, où l’âge de l’enfant auquel on débute le soin kangourou n’entrent pas en jeu.
  • Impact positif sur le développement moteur …oui, mais là encore, la durée joue un rôle important. Les habiletés motrices augmentent avec le nombre de jours de soin kangourou, et cela semble d’autant plus vrai pour les garçons, et pour les bébés nés dans des pays qui connaissent un taux de mortalité néonatale faible, comme le nôtre.
  • Un impact très positif et certain sur les capacités à se réguler émotionnellennement pour les bébés ayant profité du soin kangourou plutôt que des soins conventionnels en incubateur, sans effet accélérateur ou modérateur du nombre de jours de soin kangourou, du sexe du bébé, de son âge gestationnel et de son poids à la naissance, ou de son âge lors de l’initiation du soin kangourou.

Les auteurs, qui encouragent à poursuivre les recherches sur ce thème, attribuent des causes multifactorielles aux effets du soin kangourou :

  •  diminue la réactivité de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et l’atténuation de la réponse en cortisol au stress chez le prématuré qui bénéficie du peau à peau.
  •  favorise le développement de réseaux neuronaux dans le cerveau du bébé prématuré grâce à l’information sensorielle positive fournie par le contact peau à peau avec la mère ou le père. Ce processus peut guider l’élagage neuronal et programmer favorablement la plasticité synaptique pendant une période critique du développement cérébral.
  • nourrit le cerveau du prématuré avec une expérience parentale positive précoce peut favoriser l’organisation des systèmes neuro-comportementaux, en réduisant le stress psychologique et en augmentant la capacité d’auto-régulation.

Le soin kangourou fournit une combinaison de divers apports sensoriels (tactile, visuel, auditif, olfactif et proprioceptif) qui, tous ensemble, contribuent à renforcer le comportement et la régulation du nourrisson. Les effets bénéfiques sur la fonction psychologique peuvent s’étendre jusqu’à l’enfance et même plus longtemps en raison de la promotion des interactions mutuelles entre les parents et leurs enfants, et du développement de leur sensibilité et de leur réactivité.

Akbari E. & al. Mai 2018. Kangaroo mother care and infant biopsychosocial outcomes in the first year : A meta-analysis. Early Hum Dev. 2018 May 26;122:22-31

Pour le nouveau-né hospitalisé, matelas connecté ou peau à peau ?

Une équipe de néonatologie hollandaise a voulu savoir si l’utilisation d’un matelas connecté reproduisant les bruits du cœur de la mère et ses mouvements respiratoiresBabyBe GMBH, Stuttgart, Allemagne – avait ou non, à l’instar du le soin kangourou que la matelas tente d’imiter,  un effet régulateur du système nerveux autonome et pouvait aider à favoriser la stabilisation cardiaque du bébé.

L’étude a concerné 20 bébés prématurés, d’âge gestationnel médian de 29 SA et de poids médian de 1270 g,  ayant totalisé 182 sessions de soin kangourou et 180 sessions du matelas connecté BabyBe.

Les changements du taux de variabilité cardiaque (HRV) en réponse au soin kangourou et au matelas connecté ont été enregistrés. Les résultats montrent que le soin kangourou engendre une variation statistiquement significative vers une plus grande stabilité cardiaque, et les effets de la co-régulation parentale persistent après la session de soin kangourou.

Par contre, l’utilisation du matelas connecté n’engendre aucune variation statistiquement significative et n’a pas d’effet de stabilisation de la fonction cardiaque.

Les auteurs n’expliquent pas ses résultats si ce n’est qu’il est possible que les bébés n’aient pas perçu les stimuli apportés (bruits du cœur maternel, mouvements respiratoires) bien que le matelas connecté était utilisé dans des conditions normales préconisées par le constructeur. Une autre hypothèse
est que, même si les mouvements respiratoires étaient ressentis et que les sons simulés des battements cardiaques étaient entendus, les bébés pourraient ne pas associer les stimuli inanimés, statiques et répétitifs, entre eux .

Les auteurs soulèvent l’enjeu des soins de développement, celui de la cohérence des perceptions sensorielles nécessaires au bébé pour son développement harmonieux, perceptions sensorielles qui participe à l’initiation des comportements d’attachement génétiquement programmés vers la mère.

Décidément les bébés sont résolument tournés vers la vie et les êtres vivants, plutôt que vers les objets, même de haute technologie !

Kommers D, Joshi R, Pul CV, Feijs L, Oei G, Oetomo SB, Andriessen P. Unlike Kangaroo care, mechanically simulated Kangaroo care does not change heart rate variability in preterm neonates. Early Hum Dev. 2018 Jun;121:27-32.

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le mercredi 20 juin 2018

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