Soin potentiellement douloureux : peau à peau, sucre ou les deux associés ?

Dans cet essai, contrôlé, randomisé en simple aveugle, mené au Canada, et qui vient de paraître dans la Revue Pain,

Campbell-Yeo M. & al. (2019) Sustained efficacy of kangaroo care for repeated painful procedures over neonatal intensive care unit hospitalization: a single-blind randomized controlled trial, 

les auteurs ont souhaité connaitre la meilleure stratégie pour prévenir la douleur dans un soin de routine : prélèvement en capillaire par lancette.

Elles ont comparé trois stratégies recommandées pour la prévention d’un soin potentiellement douloureux  sur 242 prématurés, âgés de 32 à 36 SA :

  • Peau à peau seul  – 81  nn :  le bébé reçoit de l’eau stérile alors qu’il est en peau à peau avec sa mère depuis 15 minutes, 2 minutes avant le prélèvement capillaire par lancette
  • Peau à peau et saccharose à 24% – 80 nn : dans les mêmes conditions que précédemment, la dose de saccharose nécessaire est calculée en fonction du poids du bébé et donnée 2 minutes avant le soin potentiellement douloureux
  • Saccharose 24 % seul – 81 nn  : aux doses utiles en fonction du poids du bébé, donné deux minutes avant le soin potentiellement douloureux en incubateur alors que le bébé est positionné sur le ventre depuis 15 minutes, ou en berceau alors que le bébé est enveloppé.

Les réactions comportementales des bébés sont enregistrées en video. Le rythme cardiaque et la saturation transcutanéee en oxygène sont monitorées. La douleur est côté à l’aide de l’échelle PIPP : Premature Infant Pain Profile.

Les résultats montrent que :

  • Le peau à peau seul apporte une réduction similaire au saccharose à 24% de la douleur
  • La combinaison peau à peau et saccharose n’apporte pas de bénéfice accru.

Les autsoin kangouroueurs rappellent que les effets à long terme du soin peau à peau sont bien connus et présentent des bénéfices importants, alors que ceux de l’utilisation répétée de saccharose chez les nouveau-nés vulnérables qui subissent des procédures de soin douloureux très fréquemment ne le sont pas du tout (Stevens 2016, Gao 2016). Dans le modèle animal, des doses répétées de saccharose chez des ratons lors de procédures douloureuses conduisent à une diminution du volume cérébral à l’âge adulte et des altérations, à la fois de la substance blanche et de la substance grise avec des zones plus particulièrement touchées telles que : la partie antérieure du cerveau, le cervelet et l’hippocampe ( Tremblay 2017). De plus, il a été montré toujours chez le raton que l’association déprivation maternelle et soin douloureux laissait des atteintes irréversibles jusqu’à l’âge adulte (Juif 2016)

Utiliser le soin peau à peau pour les prélèvements sanguins en capillaire est d’une grande faisabilité technique.

Utiliser le soin peau à peau en routine pour protéger le bébés des effets délétères de la douleur demande à mettre en place un partenariat avec les parents, à encourager leur présence, et à travailler avec eux main dans la main.

Des données probantes nous montrent que pour chaque bébé, la présence de ses parents est essentielle pour le protéger des effets iatrogènes des soins, et que leur absence, surtout au moment d’un soin douloureux ou inconfortable, représente un stress toxique à long terme.

Auteur : Laurence GIRARD

 

Publié le mardi 13 août 2019