Badigeons oro-pharyngés précoces de colostrum au bébé prématuré : bénéfiques aussi pour sa mère !

On savait déjà que les apports oro-pharyngés de colostrum de sa mère, précoces et prolongés apportent à l’enfant prématuré une protection anti-infectieuse et l’aident à réguler son immunité (Lee & al. pediatrics 2015).

 Dans une étude originale, parue ce mois-ci dans Pediatrics & Neonatology, une équipe américaine montre que cette pratique peut aussi soutenir les mères à fournir à leur bébé du lait maternel, sur des périodes plus longues.

 Entre janvier 2013 et décembre 2014, les auteurs ont suivi de façon prospective, le devenir de 133 enfants de très petit poids de naissance ( > 1500g) depuis leur naissance jusqu’à leur sortie pour le domicile. Au cours de leur hospitalisation, les enfants avaient reçu le colostrum de leur mère selon un protocole précis.

Les auteurs ont également inclus dans l’étude, une cohorte contrôle, suivie de façon rétrospective en 2012, avant l’implantation du protocole colostrum.

Le protocole colostrum est le suivant :

  • Les enfants d’un poids inférieur à 1000g ( n=51 ) recevaient à l’aide d’une seringue ou d’un écouvillon 0,1ml –réparti en 2 X 0,05 ml sur chacun des côtés de la muqueuse buccale
  • Les enfants d’un poids compris entre 1000 et 1500 g recevaient à l’aide d’une seringue ou d’un écouvillon 0,2 ml – réparti en 2 X 0,1 ml sur chacun des côtés de la muqueuse buccale
  • Toutes les 2 à 4 heures en plus des soins standards et ceux pendant 5 jours, soit un nombre de doses de colostrum comprises entre 30 à 60.
  • Les signes vitaux étaient monitorés pendant l’admnistration et la procédure immédiatement stoppée si l’enfant présentait un épisode de désaturation < 85%, de bradycardie ( < 100 bt/min ) ou de tachycardie (> 200 bt /min), ou une fréquence repsiratoire élevée ( > 80 / min) ou d’apnée. Aucun effet adverse n’a cependant été relevé pendant l’administration obligeant à la stopper
  • Les mères donnaient leur accord verbal après qu’on leur ai expliqué les bénéfices à fournir du colostrum à leur bébé.
  • Le protocole était initié en médiane dans les 24 heures après la naissance ( IQR 12 à 43 )

Au final, 218 enfants furent inclus dans l’étude : 85 enfants avant l’implantation du protocole colostrum et 133 qui bénéficièrent du protocole colostrum. Les caractéristiques maternelles étaient similaires dans les 2 groupes de bébés.

Les résultats :

Les auteurs ne notent aucune différence entre les deux groupes concernant :

  • L’âge en jours de vie lors de la récupération du poids de naissance
  • L’âge en jours de vie lors du début de l’alimentation entérale à 120 ml/kg/J
  • L’âge en jours de vie lors du premier repas

Toutefois, il existe une association significative entre l’application du protocole colostrum et la quantité de lait maternel reçue à 6 semaines et au moment de la sortie, qui demeure après ajustement avec d’autres variables comme les caractéristiques maternelles pouvant affecter la production lactée de la mère, l’âge gestationnel à la naissance, la précocité de l’initiation du protocole colostrum et le nombre de doses de colostrum totales reçues.

La discussion :

Les auteurs rappellent que plusieurs études se sont attachées à la sécurité de l’administration du colostrum et qu’il a été montré de façon claire que l’administration de colostrum ne menait à aucun événement indésirable tels qu’une agitation du bébé, une inhalation, des bradyardies …)

Les mères de l’étude étaient le plus souvent enthousiastes pour donner leur colostrum.

Les auteurs soulignent que Montgmery & al. et Lee & al. ont montré que seulement 75 à 80 % des administrations de colostrum prescrites étaient effectives toutes les 3 heures. Dans l’étude présente, seulement un peu plus de 70 % des administrations étaient effectives. Selon les auteurs, il s’agit du reflet des précautions prises par les infirmières pour maintenir un taux de stimulations minimal du bébé.

Ils notent que les enfants ayant reçu du colostrum sortent plus souvent allaités, quelque soit le nombre de doses reçues au cours des 5 premiers jours de vie.

Les limites de l’étude

Les auteurs précisent que leur méthodologie n’a pas permis d’évaluer les profils immunitaires des enfants au cours des 2 périodes ( avant et après l’implantation du protocole colostrum). Des études futures seront nécessaires pour apporter d’avantage de preuves sur les bénéfices de l’administration de colostrum chez ces petits bébés.

Et les auteurs concluent que l’administration de colostrum est sûre et possible, et que l’implantation d’un protocole a été associé à une augmentation de l’allaitement chez les mères en semaine 6 et lors de la sortie.

Publié le mardi 6 juin 2017

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