Césarienne et peau à peau précoce et prolongé : bénéfices pour l’enfant et sa mère – Revue

Dans une étude « Influence of immédiate skin-to-skin contact during cesarean surgery on rate of transfer of newborns to NICU for observation » publiée en Mars 2017 dans Nursing women’s health, la revue des infirmières obstétricales et néonatales cliniciennes américaines, Lindsay Schneider, Jeannette Crensham et Richard Gilder, analysent le devenir des nouveau-nés, nés par césarienne, en ce qui concerne leur admission ou non, en Unité Néonatale de Soins Intensifs – UNSI, suivant qu’ils aient eu la possibilité ou non de faire du peau à peau, de façon immédiate et prolongée, avec leur mère.

Cet hôpital, situé dans le sud ouest des USA, pratique environ 2000 naissances par an. Labellisé IHAB en 2009, les soignants implantent la pratique du peau à peau en salle de césarienne à partir de 2013. Après l’implantation de cette nouvelle pratique, il a semblé aux infirmières de néonatologie, qu’un moins grand nombre d’enfants étaient admis en néonatologie.
Les auteurs ont souhaité le vérifier. Ils ont conduit une analyse rétrospective des hospitalisations en UNSI, avant et après l’implantation du peau à peau avec la mère en salle de césarienne.

Ils y ont inclus toutes les naissances par césarienne programmée ou par césarienne effectuée en dehors d’une situation d’urgence, d’enfants nés entre 37 et 42 semaines de gestation entre 2011 et 2015 ( 2 années avant l’implantation 2011, 2012) et 3 années après l’implantation ( 2013, 2014, 2015)

Les résultats :

Un total de 2841 nouveau-nés sont nés par césarienne programmée ou en dehors d’une situation d’urgence entre 2011 et 2015 : 1 070 avant l’implantation du peau à peau immédiat et prolongé en césarienne et 1 771 après l’implantation. L’âge gestationnel médian était de 39 SA et le poids de naissance médian de 3 401 g.

  • Avant l’implantation, 60 nouveau-nés furent transférés en UNSI soit 5,6% des bébés nés par césarienne.
  • Après implantation, seulement 31 nouveau-nés furent transférés en UNSI,  soit seulement 1, 75% des bébés nés par césarienne.

La différence était statistiquement significative avec un Pearson’s X2 = 32,004, df =1 et un p<0,01

gilder Schneider 2017

Les auteurs précisent que la différence n’est pas influencée par la saison et qu’elle est durable; aucun autre changement de pratique n’ayant eu lieu entre temps qui aurait pu affecté la population de patients concernée ou l’équipe.

Les auteurs soulignent que la différence de devenir entre les bébés en peau à peau et les autres est secondaire aux bénéfices connus du contact peau à peau pour les mères et leur bébé. Un mécanisme inconnu vient d’être envisagé, tout récemment, pour expliquer l’impact du peau à peau sur les bébés nés par césarienne  –> voir dans nos Actualités : Peau à peau après la naissance et neurostéroïdes.

De plus, ils mettent en évidence que la réduction des transferts vers l’UNSI des bébés représente une économie financière substantielle pour l’hôpital et les familles, car une brève période d’observation n’est pas quotifiable et remboursée par les assurances privées, et reste à la charge des familles ou de l’hôpital, si celles-ci ne paient pas.

Les auteurs concluent en encourageant les professionnels de la naissance à tenir compte de leurs résultats pour mettre en place le peau à peau en cas de césarienne de façon immédiate et prolongée.

Dans la littérature,

Il existe d’autres données favorables à la réalisation du peau à peau en césarienne, de façon immédiate ou précoce et prolongée.

Dans une revue de la littérature « Immediate or early skin-to-skin contact after a Caesarean section : a review of the litterature »  parue en 2014 dans Maternel & Child Nutrition, Jeni Stevens & al. identifient les bénéfices pour les bébés et leurs mères du peau à peau en salle de césarienne :

  • Le peau à peau immédiatement après la césarienne est plébiscité par les mères qui témoignent qu’il les aident à établir un lien avec leur nouveau-né de façon immédiate, et à s’en sentir plus proche; même si, ni les niveaux d’anxiété des mères césarisées,  ni les niveaux de douleur difficiles à évaluer au cours de l’intervention ou après, ne semblent être impactés de façon statistiquement significative.
  • Les nouveau-nés semblent plus rapidement détendus et ils pleurent moins quand ils ont eu un épisode de peau à peau avec leur mère, même court.
  • Le peau à peau induit des interactions précoces entre le bébé et le parent qui le porte en peau à peau. Le bébé communique littéralement avec son parent par des vocalises courtes, des recherches de contacts visuels, des petits roucoulements.
  • La stabilité cardiorespiratoire du bébé et sa température, semblent au moins aussi bonnes en peau à peau que lorsqu’il est posé sur la table, voire même dans certaines études, meilleures.
  • L’alimentation, et en particulier l’allaitement maternel, sont favorablement influencés par la pratique du peau à peau immédiatement après la césarienne : première tétée plus précoce et plus fréquente, diminution significative des taux de compléments de lait artificiel au cours du séjour en maternité, taux d’allaitement exclusif ou prédominant plus fréquents lors de la sortie.
  • Aucun effet adverse n’a été mis en évidence même si l’implantation de cette nouvelle pratique n’est pas aisée pour les équipes multidisciplinaires, qui agissent ensemble lors d’une naissance par césarienne.

Dans un essai clinique randomisé pilote « Early skin-to-skin contact after cesarean section : a randomized clinical pilot study« , paru en Février 2017 dans PLOS ONE, les auteurs ont souhaité déterminer si la précocité du peau à peau versus peau à peau tardif, impactait la douleur de la mère, sa réponse au stress et l’adaptation néonatale. Ils démontrent que le peau à peau précoce ne présente pas de risques pour l’enfant, que les marqueurs de stress maternels ne sont pas différents entre peau à peau précoce et tardif, même s’il semblerait que le peau à peau précoce permet d’activer d’avantage l’axe sympatico-adrénergique surrénalien de la mère réagissant à la présence de son bébé contre elle, et représente peut-être un « stressor positif », qui la rende plus alerte et plus interactive avec lui. Ce qui complique la tâche des chercheurs pour identifier si le peau à peau diminue ou non le stress maternel lors d’une césarienne …

Pour finir, implanter le peau à peau en salle de césarienne de façon immédiate et prolongée avec la mère, est une recommandation de l’OMS, qui requiert pour être mise en œuvre une réflexion et un travail en équipe, de façon pluridisciplinaire, incluant tous les acteurs concernés par cette nouvelle pratique, motivés par l’amélioration du devenir néonatal et maternel. Bravo !

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le samedi 1 avril 2017

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