Comment les françaises combinent-elles travail et allaitement ? Données de la cohorte EPIFANE

A quel rythme les françaises, travaillant avant leur grossesse, retournent-elles travailler après leur maternité et que se passe-t-il en ce qui concerne l’allaitement ?

L’analyse des données de la cohorte nationale EPIFANE portant sur 3 368 femmes et parue dans BMC Pregnancy and Chilbirth de Février 2020, montre que :

Délai de retour au travail pour les femmes travaillant avant la grossesse :

  • 82% des femmes qui travaillaient avant leur grossesse, reprennent un emploi dans la première année suivant la naissance de leur bébé, à un âge médian du bébé de 5,3 mois (25th percentile : 3,1 mois – 75 th percentile 8,8 mois)
  • Les pourcentages de retour au travail dans la 1ere année les plus bas sont observés pour les femmes âgées de 35 ans et plus, nées en dehors du territoire français, mariées, avec un niveau d’éducation de niveau élémentaire ou collège, travailleuses manuelles, femmes présentant une obésité, fumeuses avant et au cours de la grossesse et femmes ayant 3 enfants ou plus.
  • Le délai médian le plus long avant le retour au travail est observée pour les mêmes catégories.
  • Le mode d’accouchement (césarienne ou voie basse) ne semble pas impacter le moment du retour au travail

Délai de retour au travail en fonction de la durée d’allaitement :

  • Le délai médian de retour au travail ne semble pas être affecté par la pratique de l’allaitement exclusif ou de l’allaitement mixte au moment de la naissance
  • Les femmes qui n’allaitent pas sont 85,1% à reprendre le travail dans la première année
  • Les femmes qui allaitent au moment de la naissance pour une durée inférieure à 1 mois, sont 83 % à reprendre le travail dans la première année qui suit la naissance
  • Les femmes qui allaitent pour une période de 1 à 4 mois sont 85,3% à reprendre le travail dans la première année
  • Et celles qui allaitent plus de 4 mois, sont 77,1% à reprendre le travail dans la première année suivant leur maternité.
  • ll n’existe pas de différence significative dans le délai médian pour le retour au travail entre les femmes qui n‘allaitent pas et celles qui allaitent jusqu’au 4ème mois de l’enfant:  pas d’allaitement : 122 jours , allaitement de moins de 1 mois : 137 jours – aIRR : 1,07 (0,99-1,15) et allaitement entre 1 et 4 mois : 121 jours – aIRR : 1,05 (0,97-1,13)
  • Seules celles qui allaitent plus de 4 mois voient leur délai de retour au travail augmenté : 198 jours (25th percentile : 120 j- 75 th percentile 333 jours)
  • Les femmes qui allaitent plus de 4 mois reprennent en moyenne le travail 31% plus tard que les femmes qui n’allaitent pas.

Quelles sont les caractéristiques sociodémographiques et comportementales des femmes qui poursuivent leur allaitement après la reprise du travail  ?

  • Chez les femmes qui poursuivent l’allaitement lors de la reprise du travail pendant la première année (n = 1487), 34,5 % reprennent le travail avant la fin de la première année.
  • La plupart des femmes qui continuent d’allaiter après la reprise du travail, allaitaient exclusivement leur bébé au moment de la naissance (93,7 %).
  • Alors que celles qui cessent l’allaitement lors de la reprise du travail étaient seulement 75,2% à allaiter exclusivement leur bébé à la naissance
  • Les femmes qui continuent à allaiter après la reprise du travail ont également allaité exclusivement pendant une durée plus longue, 76 jours, contre seulement 10 jours pour celles qui cessent l’allaitement au moment de la reprise du travail. 
  • Les femmes qui poursuivent l’allaitement après la reprise du travail donnent en moyenne une tétée de plus par jour à 1 mois et à 4 mois, que celles qui cessent d’allaiter avant la reprise du travail
  • Les bébés des femmes qui poursuivent l’allaitement après la reprise du travail dorment plus souvent dans le lit ou la chambre de leurs parents.
  • Les femmes nées en dehors du territoire français – aOR:2,24 (1,49-3,36), les agricultrices, les femmes artisans et commerçantes allaitent plus de 2 fois plus souvent que les femmes managers – aOR:2,23 (1,11-4,47). Le rapport est inversé pour  les femmes qui occupent des emplois intermédiaires – 0,58 (0,44-0,76) ou les travailleuses manuelles  0,48 (0,27-0,88), celles qui fumaient avant la grossesse, même si elles ont arrêté au cours de la grossesse et celles qui ont subi une césarienne 0,69 (0,50-0,96)

Ce que pensent les auteurs de l’étude de leurs résultats

  • Dans cette étude réalisée en France en 2012, huit femmes salariées sur dix sont retournées au travail en moins d’un an, avec une durée médiane de 5,3 mois.
  • Seules des durées d’allaitement supérieures à  4 mois sont associées à un retour au travail plus tardif, par rapport au fait de ne pas allaiter du tout. Mais il est difficile de déterminer si les femmes ont poursuivi l’allaitement parce qu’elles ont eu la possibilité de ne pas reprendre le travail avant 4 mois, ou si elles ont choisi de reprendre le travail plus tard parce qu’elles souhaitaient allaiter plus longtemps 
  • Parmi les femmes allaitantes, 1/3 d’entre elles parviennent à reprendre le travail au cours de la première année tout en poursuivant l’allaitement de leur bébé.
  • Le lieu de naissance, la profession, le statut de fumeur et le mode d’accouchement ont été associés de manière indépendante à la poursuite ou non de l’allaitement lors de la reprise du travail.Les agricultrices, femmes artisans et commerçantes étaient susceptibles de reprendre le travail beaucoup plus tôt, mais elles étaient également plus enclines à allaiter plus longtemps. La flexibilité des horaires de travail semble donc être un facteur déterminant pour combiner allaitement et poursuite de l’activité professionnelle. En revanche, les travailleuses manuelles et les employées intermédiaires (c’est-à-dire ayant des postes subalternes) sont moins susceptibles de pouvoir poursuivre l’allaitement en reprenant leur travail. Le fait que, dans cette étude, les femmes qui ont continué à allaiter après la reprise du travail étaient plus susceptibles d’être non-fumeuses avant la grossesse, souligne également un degré potentiellement plus élevé de sensibilisation à la santé chez les femmes qui poursuivent l’allaitement en travaillant.

Conclusions des auteurs

Contrairement aux idées reçues, la reprise du travail n’empêche pas nécessairement le lancement ou la poursuite de l’allaitement maternel, bien que cela n’est pu être mesuré que pour une durée d’allaitement de moins de 4 mois. En outre, seul un tiers des femmes ont réussi à combiner allaitement et travail rémunéré. En effet, les conditions de travail, telles que décrites dans l’étude via les catégories professionnelles, semblent être d’une importance cruciale. Enfin, il convient d’améliorer considérablement la recherche et la santé publique afin de diffuser largement les informations destinées aux femmes qui souhaitent continuer à allaiter après leur retour au travail.

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le vendredi 21 février 2020

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