Le colostrum et le lait maternel confirment leur capacité à moduler la réponse inflammatoire chez le prématuré

L’inflammation est impliquée dans une proportion élevée de naissances prématurées qui présentent un syndrome inflammatoire fœtal, lui-même associé à long terme à des pathologies aux lourdes conséquences pour le prématuré telles que des infections néonatales, la dysplasie bronchopulmonaire, ou encore l‘entérocolite ulcéro-nécrosante.

Le lait maternel est le premier et le meilleur agent pour stimuler l’immunité du bébé et il contient une multitude de facteurs bioactifs protecteurs, anti-infectieux mais aussi anti-inflammatoires.

Aujourd’hui, les données acquises sur les effets du colostrum/lait maternel sur la modulation immunitaire précoce ne concernent que des prématurés de moins de 28 SA et de moins de 1000g à qui le colostrum étaient administrés à partir du 3ème jour de vie pour une durée courte de 72h. Aussi les auteurs de cette étude qui vient de paraître dans Nutrients se sont attachés pour la première fois à mettre en évidence les biomarqueurs présents dans le sérum des bébés, pro- et anti-inflammatoires, jusqu’à leur 4ème mois de vie, en fonction de leur consommation de colostrum/lait maternel pour une administration plus précoce (H24 – H 48) et sur une période d’administration plus longue ( 15 jours) du colostrum/lait frais et cru

L’étude a porté sur 100 prématurés nés avant 32 SA et d’un poids inférieur à 1500g :

  • 48 bébés ont reçu du colostrum/lait maternel frais et cru de leur mère depuis les 24 premières heures de vie, en badigeons oro-pharyngés de 0,2 ml toutes les 4 heures pendant 15 jours.
  • 52 bébés n’ont pas reçu ni colostru, ni lait frais et cru

Par ailleurs la nutrition entérale trophique était débutée aussi tôt que possible entre 24 et 48 heures de vie.

Les résultats montrent que :

les bébés qui reçoivent du colostrum/lait maternel frais et cru atteignent une nutrition entérale complète plus tôt que ceux qui n’en reçoivent pas (7,2+/-0,6 j versus 9,1 +/-0,7, ; p<0,05)

Les bébés ayant reçu du colostrum/lait maternel frais et cru montrent:

  • des taux sériques d’IL-6, (impliquée dans la phase aigüe de l’inflammation), plus bas à J15, J30 et au cours des mois 4 premiers mois de vie  (p<0,05)
  • des taux sériques d’IL-8 (pro-inflammatoire) plus faibles au cours des premiers mois de vie (p<0,005)
  • des taux sériques d’IL-10 (anti-infammatoire ) plus élevés de façon statistiquement significative après 1 mois de vie
  • des taux sériques d’l’IL-1α (pro-inflammatoire) plus élevés de façon statistiquement significative après 2 mois de vie
  • des taux sériques de TNF-α et INF-γ moins élevés au cours des 3 premiers mois de vie.

Les auteurs concluent que cette étude soutient que l’administration oropharyngée de colostrum et de lait de la mère au cours du premier mois de vie contribue à décroître l’état pro-inflammatoire, indiquant une influence bénéfique sur la réponse inflammatoire. De plus, les bébés qui recevaient du colostrum/lait maternel frais et cru ont été plus précocement une nutrition entérale complète ce qui représente un avantage métabolique pour le système gastro-intestinal encore immature et pourrait minimiser la survenue de pathologies liées à l’absorption des nutriments rencontrées chez l’enfant prématuré.

Depuis 2018, en France, il est recommandé en suivant un arbre décisionnel rigoureux (Picaud JC. & al. 2018), de proposer du lait frais et cru de la mère dès 28 SA et 1000g… Tant mieux ! Et certains le proposent à tous les bébés quelque soit leur âge gestationnel.

Auteur : Laurence GIRARD

Publié le vendredi 21 février 2020