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R. Dugravier, T. Delawarde-Saïas, Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence, Volume 73, Issue 7, 2025,Pages 377-383,ISSN 0222-9617,

https://doi.org/10.1016/j.neurenf.2025.07.001.

Cet article propose de remplacer la vision traditionnelle et binaire de la dépression postnatale (déprimé/non déprimé) par un concept plus large et plus nuancé : la détresse relationnelle périnatale. Cette approche met l’accent sur la relation parent-enfant, leurs vulnérabilités réactivées par la dépendance du nourrisson et la nécessité d’un accompagnement continu et contenant pour les parents.

1.Selon les auteurs, la dépression postnatale est un concept trop limité

Elle est habituellement définie comme un trouble identifié à partir de symptômes classiques (tristesse, fatigue, anxiété) et de façon binaire (déprimé / non déprimé).

Pour quelles raisons cette approche est insuffisante ?

Les taux de prévalence sont proches de ceux d’autres épisodes dépressifs, et les critères diagnostiques peu spécifiques reposent sur une fenêtre temporelle courte, souvent confondus avec les réalités normales du post-partum (fatigue, troubles du sommeil idées suicidaires).

L’échelle d’Edimbourg (EPDS) évalue surtout l’état psychique du parent, sans prendre en compte la relation parent-enfant.

Deux types de dépressions sont souvent confondues :

Dépressions spécifiques au post-partum → centrées sur la relation au bébé : culpabilité, difficulté à créer du lien, peur d’être seul avec l’enfant, phobies d’impulsion.

Dépressions “traditionnelles” → centrées sur le parent lui-même, sans lien direct avec la relation parent-enfant.

Les approches actuelles ne distinguent pas suffisamment ces deux réalités, ce qui limite la pertinence du dépistage et des interventions. Une approche plus globale est recommandée par les spécialistes en périnatalité :

  • d’élargir la période d’attention à toute la première année postnatale
  • d’intégrer les dimensions relationnelles, contextuelles et familiales,
  • remplacer la vision traditionnelle et binaire de la dépression postnatale,

2. La détresse parentale est un continuum lié à la dépendance du nourrisson inspirée de la théorie de l’attachement ; cette théorie éclaire la manière dont la dépendance du bébé peut réactiver chez le parent ses propres expériences précoces.

Cette totale dépendance est un défi universel : Le nourrisson dépend de ses figures d’attachement, bien que normale et structurante, elle peut être vécue pour certains parents comme la responsabilité de répondre aux besoins de leur nourrisson, ou comme une intrusion/menace ébranlant ainsi les bases de l’identité parentale. Cette ambivalence constitue à la fois la force et la fragilité de la relation parent-enfant, source de proximité et de tension.

Quand l’histoire du parent impacte la parentalité

Certains parents ont grandi dans un environnement où les figures d’attachement étaient : peu fiables, indisponibles, imprévisibles ; ils ont alors développé une « indépendance précoce », non choisie, comme stratégie de survie.

À l’âge adulte, cette stratégie peut rendre difficile :

  • l’acceptation de la dépendance du bébé
  • la demande d’aide,
  • la tolérance à la vulnérabilité.

Cette indépendance forcée se distingue de l’autonomie, qui naît au contraire d’expériences précoces sécurisantes ou l’enfant peut supporter les séparations, gérer le stress grâce à la disponibilité de ses figures d’attachement et construire une confiance en lui et en autrui.

Certains parents vivent la période périnatale comme une effraction psychique ; source de détresse liée à la relation avec le bébé, à leurs histoires d’attachement et aux transformations psychiques de la parentalité. La dépression postnatale ne peut plus être pensée comme un simple trouble individuel. Elle s’inscrit dans un gradient de détresse parentale. La clinique pour être pertinente, doit donc dépasser les catégories diagnostiques traditionnelles et intégrer une lecture relationnelle, contextuelle et évolutive de la détresse  parentale.

3.Proposition de nouvelle approche thérapeutique : LA CONTENANCE

Elle constitue un pilier central de l’accompagnement périnatal qui vise à offrir aux parents un cadre sécurisant pour les aider à comprendre leurs émotions, à ajuster leurs réponses et à renforcer la relation parent-enfant.

La contenance repose sur plusieurs leviers complémentaires :

  1. Le soutien verbal et l’éducation thérapeutique centré sur le parent

Le clinicien aide à identifier, nommer et comprendre les émotions. Cette mise en mots favorise une meilleure régulation émotionnelle et une adaptation plus fine aux besoins du nourrisson.

  • L’observation guidée des interactions qui soutient la qualité des échanges 

En accompagnant le parent dans la lecture des signaux du bébé et en mettant en lumière les ajustements relationnels, le professionnel renforce la compréhension mutuelle.

  • La reconnaissance du rôle actif du bébé

Il est considéré comme un partenaire de la relation. Valoriser les moments de synchronie, permet de renforcer la confiance du parent dans ses compétences et soutient des interactions positives.

  • La mise en lien avec l’histoire du parent

Les difficultés actuelles sont replacées dans le contexte des expériences infantiles. Cette perspective permet de donner du sens à la détresse et d’ajuster l’accompagnement sans entrer dans une analyse approfondie.

Les approches thérapeutiques centrées sur la contenance sont :

  • Le Parent-Child Interaction Therapy (PCIT) qui améliore les interactions en temps réel et aide le parent à réguler ses réactions émotionnelles,
  • L’intervention relationnelle qui est centrée sur les forces parentales, utilise la vidéo feedback pour renforcer les réponses sensibles au bébé,
  • La guidance parentale soutient la compréhension du développement de l’enfant et normalise les inquiétudes parentales.

Ces différentes approches partagent un objectif commun : offrir un cadre structurant, sécurisant et interactif, qui favorise la co‑régulation et la diminution de la détresse parentale.

Les unités spécialisées en santé mentale périnatale mettent en œuvre ces pratiques intégratives, combinant les interventions thérapeutiques, le travail en réseau et une vigilance face aux vulnérabilités familiales.

4.La continuité

Bien que les approches centrées sur la contenance apportent un soutien, pour porter leurs effets, elles nécessitent  de s’inscrire dans un environnement plus large, soutenu par un ensemble des ressources entourant le parent. En l’absence de relais institutionnels ou sociaux, le travail réalisé en séance peut créer des attentes qui risquent de se transformer en désillusion et d’accentuer la détresse.

Pour éviter les ruptures de suivi, il est important d’assurer une continuité : – dans le temps (de la grossesse à la petite enfance), – dans les lieux (maternité → domicile → ville), – dans le langage entre professionnels (obstétrique, pédopsychiatre, psychiatrie adulte, PMI…).

En conclusion, la “dépression postnatale” n’est qu’une partie d’un phénomène plus large. La détresse relationnelle périnatale, touche tous les parents à des degrés divers. Pour y répondre, une approche relationnelle, continue et contenante, centrée sur la dyade parent-enfant devrait s’inscrire dans une organisation cohérente des soins.

Rédaction : Groupe ACTUS Co-naitre ®